avec l'aimable autorisation du FIGARO
En page PATRIMOINE
Séance exceptionnelle à l?Académie du second Empire
pour évoquer l?histoire passionnée de cette aile du Louvre incendiée en 1871
Faut-il reconstruire le palais des Tuileries ?
par Anne Muratori Philip
Il y a moins de cent vingt ans que les ruines du palais des Tuileries incendié sous la Commune ont disparu du paysage parisien. Si le vide a succédé aux façades de Philibert Delorme, le lieu reste profondément marqué par les événements historiques qui s'y sont déroulés. Aujourd'hui encore, les amoureux d'histoire n'oublient pas que cette résidence royale et impériale a aussi été le théâtre de la Révolution française et le berceau de la République. C'est dans cet état d'esprit que les membres de l'Académie du second Empire et leurs amis ont célébré, en présence de la princesse Napoléon, le cent-cinquantenaire de la réunion des Tuileries au Louvre, dans le Grand Auditorium du Louvre. Le Louvre et les Tuileries, une longue histoire passionnée dont l'origine remonte à Henri IV et Marie de Médicis.
Geneviève Bresc-Bautier, conservateur général au département des sculptures du Louvre, a retracé les différentes étapes de ce grand dessein du bon roi Henri qui voulait transformer ce lieu privilégié en cité royale. Malheureusement, le couteau de Ravaillac ne lui a pas permis d'accomplir son rêve.
Anne Dion-Tenenbaum, conservateur au département des objets d'art du Louvre, a poursuivi par le récit des étapes de la réunion des deux palais. C'est Louis Napoléon Bonaparte qui a décidé d'achever l'oeuvre entreprise par les Bourbons. Sitôt empereur, le projet sera mené tambour battant, si bien que Napoléon III l'inaugure, cinq ans plus tard, le 14 août 1857.
L'historien Michel Carmona a ensuite situé le « rôle central des Tuileries dans les transformations de Paris sous le second Empire ». Évoquant le développement du grand axe est-ouest qui a donné son nouveau visage au Paris d'Haussmann, il a insisté sur la cohérence de l'ensemble Louvre-Tuileries. Parmi les monuments parisiens incendiés sous la Commune figurent notamment trois bâtiments emblématiques : l'Hôtel de Ville, la Cour des comptes et le palais des Tuileries. Pourtant, ces ruines connaîtront des postérités et des statuts différents. La décision de reconstruire l'Hôtel de Ville incendié le 24 mai 1871 a été prise dès le mois d'avril 1873, dans le cadre d'une loi générale sur la reconstruction des édifices détruits sous la Commune. En effet, le nouveau bâtiment sera rebâti entre 1873 et 1883.
Les Tuileries n'ont pas eu la même chance. Le 30 juillet 1879, le baron Haussmann, alors député, défend devant la Chambre la reconstruction des Tuileries. Ses arguments : sauver la perspective, la régularité et l'unité de l'ensemble architectural dont l'absence de parallélisme sera criante en cas de destruction du palais. Enfin, en 1882, pour faire voter la loi d'arasement des Tuileries, Jules Ferry, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, s'est engagé devant le Parlement, au nom du gouvernement, à les reconstruire, soit à l'identique, soit sous une forme plus ramassée. Et Michel Carmona de conclure : « Prenons Jules Ferry au mot ! Pour le bien du Louvre, ne serait-il pas opportun de se demander si la reconstruction des Tuileries ne pourrait pas venir à l'ordre du jour ? » Pour Daniel Alcouffe, conservateur général chargé du département des objets d'art au Louvre, « la question mérite d'être posée, mais il faut peser les avantages et les inconvénients. Il e! st vrai que la reconstruction redonnerait un sens à la perspective, elle mettrait en valeur quatre cents ans d'histoire de France et elle apporterait un gain de place important au Louvre. Mieux, elle nous permettrait même d'exposer les meubles et objets des Tuileries que nous possédons. Quant aux difficultés, elles sont énormes : que faut-il reconstituer ? Le palais de Catherine de Médicis ? Et comment faudra-t-il le raccorder avec les deux pavillons de Flore et de Marsan ? »
Sentiment partagé par Michel Goutal, architecte en chef des Monuments historiques, chargé du palais du Louvre, qui a insisté sur la « grande confusion des dispositions du lieu qui provient de l'absence des Tuileries » ; propos repris par Stéphane Millet, président de l'Association des grands prix de Rome d'architecture, et Emmanuel Jacquin, l'historien des Tuileries.
« On ne peut pas effacer une âme », a conclu Alain Boumier, président de l'Académie du second Empire. Le palais des Tuileries est un monument de mémoire appartenant à la nation. Associé à la notion de la France moderne, il a été le siège du pouvoir central sous tous les régimes de Louis XVI à Napoléon III. « Le Grand Louvre » restera une expression inappropriée tant qu'un pan essentiel et central de son ensemble indivis en restera ôté. Le jardin des Tuileries ne retrouvera sa grandeur qu'avec son assise, le palais réédifié, sur lequel il pourra reprendre appui. » Quant à l'aspect financier, l'unanimité s'est faite autour d'une souscription nationale. Pourquoi pas ! Le palais de la Légion d'honneur, lui aussi incendié par la Commune, a bien été reconstruit grâce à une souscription !
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